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12 juillet 2015

Clair-Obscur de Nella Larsen


A propos de l'auteur :

Nella Larsen est une romancière américaine née en avril 1891 et décédée en 1964. Elle travailla en premier lieu comme infirmière et ensuite, en tant que libraire. Par la suite, elle entama sa carrière d'écrivain avec deux romans : "Sables Mouvants" (1928) et "Clair-Obscur" (1929). 

Larsen a également appartenu à un mouvement culturel, social et artistique des années 20, connu sous le nom de la "Harlem Renaissance". Celui-ci est considéré comme la renaissance des arts afro-américains, un événement majeur dans l'Histoire des Noirs Américains.

Son oeuvre a bénéficié d'un regain d'intérêt lorsque les discussions sur la question de l'identité raciale et sexuelle, de l'intersectionnalité, ont commencé à émerger à nouveau aux Etats-Unis.



Histoire :

Le récit se situe à Chicago, en 1927. Claire et Irène font parties ces femmes Noires, suffisamment claires pour pouvoir passer comme blanches. Certaines femmes dans ce cas ont tendance à abandonner les siens pour "passer" de l'autre côté, en se faisant passer pour une Blanche. C'est le choix que fait Claire en épousant un homme Blanc, raciste et risquant ainsi d'être découverte. A l'opposé son amie d'enfance, Irène, qui décide d'assumer son identité de noire.

Après plusieurs années, ces deux femmes dont les choix de vie sont opposés, se retrouvent par hasard sur une terrasse. Ainsi, se met en place une relation d'amitié, troublée par l'envie, la haine, la jalousie, et bien d'autres sentiments ambigus. 


Mon avis:

Cette lecture est dans la continuité des livres abordant la question Noire aux Etats-Unis, un sujet auquel je me suis fort intéressée ces derniers temps.


Clair-Obscur (ou, "Le passage" traduction plus littérale du titre original : The passing) parle d'une pratique secrète ayant eu lieu dans les années 20 et 30 aux Etats-Unis. Des personnes Noires, métisses, se faisaient passées pour des Blanches, abandonnant ainsi leur famille à jamais, et se mettant en danger de manière conséquente. Car si la supercherie était découverte, les conséquences seraient énormes. Il faut remettre le livre dans son contexte également rappeler que selon les lois de Jim Crow appliquées à l'époque, une seule goutte de sang noir suffisait à vous considérer  comme Noir légalement.

J'avais très envie de découvrir cette pratique, dont je n'avais pas idée jusqu'à présent. 

Le thème du livre est donc, entre autre, l'identité ethnique mais surtout,  la frontière des identités ainsi que la masquerade, le mensonge et des conséquences qui en découlent. Ces sujets sont abordés via les personnages de Claire et Irène, qui décident d'emprunter des chemins différents de vie. Irène méprise Claire, non seulement pour ses choix mais également pour son arrogance. Pourtant, il y a une part d'envie en elle ainsi que d'admiration. Leur relation est ambiguë, passionnelle. Il y a autant d'amitié entre eux, que de haine, de la loyauté mais aussi de la jalousie. Bref, c'est une relation très intéressante qui permet d'explorer beaucoup d'émotions variées.


La petite déception pour moi fut que le livre se centrait beaucoup plus sur cette relation ambiguë entre Claire et Irène, plus que sur leur problème identitaire, ce qui était un peu décevant car c'est cela qui m'intéresse de prime abord. Cependant, ma curiosité fut comblée par l'excellente préface de Laure Murat, qui replaçait le livre dans son contexte historique.


Bien que le sujet fut abordé d'un angle qui me plaisait moins, j'ai tout de même beaucoup apprécié la plume de Nella Larsen. Elle est poétique sans être lourde. De plus, elle a un certain talent pour explorer la psychologie complexe de ses personnages. 


On est fasciné par le personnage séduisant, sulfureux de Claire, tout en ressentant la tourmente qui est la sienne. De même, l'agacement d'Irène pour tout ce que Claire représente en même temps que l'amitié, mais aussi la loyauté du à leur couleur, est bien mis en avant. 

Dans l'ensemble, je ressors positive de ce livre, bien que sur ma faim, vu qu'il n'a pas abordé la pratique du "passing", comme je l'aurais souhaité.

Je pense toute de même m'intéresser au deuxième livre de Nella Larsen qui est "Sables Mouvants." Celui-ci serait fort inspiré de sa propre vie, en tant que métisse américaine dans les années 20.


En bref :
  • Points positifs : Sujet très intéressant, livre considéré comme clef dans la littérature afro-américaine.
  • Points négatifs : fort centré sur l'amitié ambiguë des deux personnages principaux, on regrette le manque de développement sur le passage. 
Ma cote : 3.5/5

04 juillet 2015

Les Noirs américains - En marche pour l'égalité de Pap Ndiaye

A propos de l’auteur :

Pap Ndiaye est un historien français, spécialiste de l'Amérique du Nord, né en 1965 à Antony.

Ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé d'histoire et titulaire d'un doctorat de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il y fut maître de conférences avant d'être élu en 2012 professeur à l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po).

Il est membre du Centre d'études nord-américaines et du comité de rédaction de la revue L'Histoire, spécialiste des États-Unis.

Mon avis :

Ce petit livre appartient à la Collection Gallimard Découverte dont je vous avais déjà présenté : "Gengis Khan et l'Empire mongol" en février. Si ce dernier m'avait déçu, le livre de PaP Ndiaye m'a au contraire, plaisamment surprise. 

En effet, l'historien a réussi le pari de synthétiser de manière claire l'Histoire des Noirs Américains, en soulevant les grandes lignes de ce récit tout en restant  clair pour le débutant.

Son livre est divisé en cinq chapitres, dont le premier se centre sur la fin de l'esclavagisme mais également le début du travail dans les champs de coton. Ensuite, le second chapitre se focalise sur l'arrivée de la ségrégation.

L'historien poursuit son troisième chapitre en abordant la Grande migration - c'est-à-dire le mouvement des populations Noires Sudistes vers le Nord pour travailler en ville. S'en suit également une description de l'évolution de Harlem comme quartier Noir et centre culturel. Un développement de la "Harlem renaissance" est également fait. La quatrième partie du livre évoque la Seconde Guerre Mondiale ainsi que la lutte contre la ségrégation suivi du boycott de Montgomery, qui marque le début de la lutte pour les droits civiques. 

Le dernier chapitre développe la conquête des Noirs dans le paysage politique américain et explique les apports et conséquences de l'affirmative action. Pap Ndiaye met également en évidence la la persistance de la précarité et de la pauvreté des Noirs.

C'est donc un livre fourni mais clairement expliqué, on comprend bien les différentes étapes de l'Histoire Noire américaine. La lecture est enrichie d'illustrations pertinentes, incluant les photos de personnages clefs, des posters de propagandes, des photos de vie quotidienne, etc. La dernière section, regroupant des témoignages ainsi que des discours clefs de l'Histoire, est passionnante et complète bien le texte principal.

Si vous êtes débutant sur le sujet, je pense que vous vous y retrouverez facilement et que vous en ressortirez satisfaits et enrichis. Par contre, il est possible qu'un connaisseur reste sur sa faim. 

En tout cas, c'est un très bon livre introductif que je ne peux que recommander ! L'égalité est encore loin d'être atteinte que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, et se renseigner sur l'histoire de sa lutte ne peut être qu'enrichissant pour chaque être humain.


En bref :
  • Points positifs : très bonne synthèse de l'Histoire Noire américaine. Clair, pédagogique et adéquats pour débutants.
  • Points négatifs : Aucune, si ce n'est que les initiés peuvent le trouver très basique.
Ma cote : 4.5/5

18 avril 2015

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett


A propos de l’auteur :
Kathryn Stockett est une écrivain américaine, connue pour son livre La couleur des sentiments. Avant de publier ce premier livre, elle travaillait dans un magazine à New York. 

La couleur des sentiments lui prit cinq ans avant d'être achevé.  Elle y aborde les relations entre les patronnes Blanches et les bonnes Noires dans le Mississipi des années 60, en s'inspirant de son propre vécu dans la région.

Le livre fut rejeté par soixante agents littéraires avant que Susan Ramer en prenne la charge. A sa publication, 10 millions de copies furent vendues. Il fut également dans la liste des Best-Seller de New York Times pour plus de 100 semaines.
Source : Wikipedia.

L'histoire :

En 1962, au Mississippi, les foyers de Blancs emploient couramment une  bonne Noire. Malgré la proximité avec laquelle vivent les deux ethnies, les préjugés ont la vie dure.

Dans ce contexte délicat, une jeune femme Blanche, Skeeter, rêve de devenir écrivain. L'unique maison d'édition acceptant de lui donner une chance, lui demande de publier sur un sujet qui la touche.

Marquée par l'amour de sa propre bonne, elle décide d'interviewer deux Noires, Aibileen et Minny, afin de faire connaître au monde la condition d'une bonne Noire travaillant pour une patronne Blanche. 

D'abord réticentes et méfiantes, Aibileen et Minny acceptent de l'accompagner dans ce projet dangereux.
Mon avis :

La couleur des sentiments  est un roman raconté  via trois narrations internes : Skeeter, une jeune Blanche, ainsi que deux bonnes Noires : Aibileen et Minny.
Stockett sait très bien raconter une histoire : son écriture est fluide et se lit d'une traite ! Le livre est également divertissant dû à un léger humour mais aussi grâce à ses personnages attachants.

La bonne Aibileen a une tendresse infinie pour les enfants et nous décrit la situation entre les Blancs et Noirs avec des yeux sages. Quant à Minny, elle est plus méfiante et n'aime pas se mélanger aux Blancs. A ses yeux, les limites sont réelles. Enfin, Skeeter est le personnage qui grandit le plus le long du livre. Au départ, elle sent la présence des injustices. Mais ce n'est qu'après l'entreprise de son projet d'écriture qu'elle fait face à la réalité de l'autre. Suite à cela, impossible pour elle de fermer les yeux, quitte à tout perdre.
San Augustine, Texas, 1943. 
Photographie de Vachon John.

Malgré l'attachement pour les personnages, je regrette un manque de profondeur car certains d'entre eux restent à la limite de la caricature. Par exemple, Celia, reste un personnage superficiel 
bien que j'adore son caractère maladroit, peu conventionnel. Une certaine incohérence se présente également : comment expliquer qu'une  femme ayant vécu dans la pauvreté du Sugar Ditch, e puisse pas se débrouiller seule pour du café alors qu'elle peut se battre ? 
De même, Hilly m'insatisfait. D'un côté, j'aime le fait que malgré son racisme, elle reste une mère des plus aimantes, ce qui nuance son personnage. Mais de l'autre, je la trouve également stéréotypée.
Ce genre de détails m'embêtent, mais dans l'ensemble, Stockett réussit à faire passer la pilule car elle est une bonne conteuse.

De même, les personnages masculins m'ont fait tiquer : ils sont déjà peu nombreux mais ceux présents sont superficiels et caricaturaux. Seuls deux personnages masculins sont récurrents :  le mari alcoolique qui bat sa femme pour le plaisir et le petit-ami beau mais amoureux de son ex-fiancée. Je trouve cela dommage car développer les personnages masculins aurait rajouté du réalisme au livre.


San Augustine, Texas, 1943.
Photographie de Vachon John.
Bien que certains des personnages m'ont insatisfait, l'auteur réussit à nuancer le relationnel : si certaines patronnes blanches sont réellement cruelles, d'autres le sont moins. Quelques-unes sont même profondément attachées à leur bonne. De même, si certaines noires détestent réellement les blancs, d'autres ont un amour infini pour leur famille. La complexité de cette relation est difficile à décrire et je pense que Stockett s'est rapprochée de la réalité, mais sans jamais l'atteindre. Il est vrai que je ressors légèrement insatisfaite car le livre ne fait pas assez ressentir ce que c'est qu'être noire :  l'humiliation, la peur, le dénigrement éprouvés ne sont jamais totalement transparents dans ce roman.
De ce fait, le livre ne me donne pas de choc émotionnel.

Une autre raison qui fait que le livre ne me secoue pas est la fin, très idéaliste à mes yeux.
Spoiler:
Il est vrai que Skeeter subi les conséquences de son livre : elle perd ses amis, son petit-ami et sa vie sociale en entier. De même, certaines bonnes paient la vérité en perdant leur travail. Cependant, dans l'ensemble, je trouve que c'est bien peu par rapport à ce qui a été mis en jeu.
Au final, bien que ma lecture était appréciable et divertissante, je pense ressortir de ce livre sur ma faim. Le sujet est passionnant et aurait mérité plus d'approfondissement. Pour le moment, j'ai l'impression d'avoir frôlé la réalité, sans la saisir dans son entièreté.

Il n'empêche que le livre reste intéressant pour celui qui connaît peu la situation du Mississippi. Les personnages, malgré une légère tendance à la caricature, restent attachants et leurs rapports sont complexes, tiraillés entre la haine et l'amour.


Malgré une enfance dans le Mississippi, Kathryn Stockett a certainement le mérite d'essayer de se mettre à la place de l'autre, tout en réalisant qu'elle ne capturera jamais la complexité de la situation vécue par une noire. Cela demande une grande ouverture d'esprit et une remise en question difficile, je ne peux que saluer sa démarche.

En bref :
  • Points positifs : sujet intéressant, personnages sympathiques, lecture rapide et divertissante.
  • Points négatifs : le sujet aurait mérité de la profondeur afin de tendre vers plus de réalisme, manque cruel de personnages masculins crédibles.
Avez-vous lu ce livre ? 
Quel était  votre personnage préféré ? 
Que pensez-vous de la situation dans les années 60 au Mississippi ?
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